Cinq points pour la productivité corporative

Si vous travaillez devant un écran SAP, un logiciel de vente ou un terminal de caisse, vous n’êtes plus contraints par la “métaphore du bureau”. Vous êtes face à l’information et à son traitement.

Si par contre, comme moi, vous êtes un desktop-user, vous connaissez la galère… Cinq logiciels ouverts constamment, des fichiers et des répertoires à gérer, des fenêtres (et/ou onglets!) de navigateur à en perdre la tête et le multi-tasking (multi-tâchage serait bien plus joli, mais bon) rendu aussi pénible pour l’homme que pour la machine. Les plus heureux d’entre nous perdent conscience quand ils doivent rentrer la liste d’emails à qui une information est due. Les moins chanceux perdent la tête pendant les trois minutes que met la boîte mail à s’afficher.

Mais on veille sur nous. Et pour nous, travailleurs de l’information victimes du desktop, la perspective du presque-tout-web est comme une bénédiction. Recherche, URLs, favoris. Trouver sans ranger, partager sans suer, donner de l’importance sans plus d’importance. Accès où je veux. Magnifique. Mais comment ?

Le workflow est: ma boîte mail me dicte que faire, j’ouvre le(s) logiciel(s) nécessaire(s) et j’exécute la tâche. Souvent, je retourne à la boîte mail pour communiquer le résultat.

1) Les réseaux sociaux comme base des environnements collaboratifs

Oui, j’espère qu’on pourra oublier l’annuaire Intranet tel qu’on le connaît. Avoir son compte créé dans le logiciel de RH c’est gagner un profil dans le logiciel de réseau social de l’entreprise. Se faire assigner à une équipe c’est comme joindre un “groupe”.

Si ce matin nous pouvions partager un document Google Docs avec des collaborateurs dont on a l’adresse email, ce soir nous disposerons d’une liste de nos collaborateurs pour qu’on n’ait qu’à choisir. Demain matin, nous n’aurons plus besoin de la liste, cf. point 4, et demain après-midi nous n’aurons pas besoin de faire ce que nous aurons fait le matin-même. Après-demain c’est vendredi, donc on achète tous des billets de train ou avion pour le weekend et c’est pas le problème.

Ah, les TIC.

2) Le “flux de vie” comme nouvelle boîte email

Je sous-entendait, ci-dessus, dans le point numéro 1, que si l’urbanisme du SI d’une entreprise était comparable à celui du Web 2.0, cela devrait ressembler à Facebook. Mais en version ouverte, virilement quoi.

Donc dans votre feed, au lieu de la tonne de captivantes futilités, nous aur(i)ons des tonnes de futilités encore plus captivantes: des tâches envoyées par l’application de gestion de tâches, des liens gentiment partagés par nos collègues qui font de la veille, des demandes de confirmation de participation à des réunions, des confirmations d’autorisation d’achat, des confirmations de notes de frais, etc., etc. En fonction de votre optimisme, vous pouvez aussi imaginer a) soit des fichiers que vous pourrez ouvrir grâce à un simple clic avec votre suite logicielle habituelle, b) soit des liens vers de l’information que vous pourrez consulter et éditer sans quitter “le confort de votre navigateur” (cf. point 999).

3) Les robots à portée de mots

Ah, super. Avec un clic on pourra valider des choses. Mais un clic, ça implique d’avoir une souris, une fenêtre de navigateur et tout ça. Déjà, profitons de cette merveilleuse nouvelle architecture pour faire des tonnes de robots!

imified

Je ne veux pas que l’urbanisme du SI émule vraiment Facebook. C’est comme un silo nucléaire, s’il en est, sur le web. Une approche à la Twitter, plus ouverte, aimant les standards et sans business-model autre que servir l’utilisateur et sa vision, est plus souhaitable.

Je dis ça parce que, comme sur Twitter, on devra pouvoir utiliser un robot branché à la messagerie instantanée et retirer toutes sortes d’infos, ainsi comme agir, simplement en lui parlant d’une manière compréhensible. Si on peut dire “mdr, moi oci!” et se faire comprendre par un collègue, on peut parler ainsi à un robot et obtenir autre chose que des boutades pour notre mauvé francé de la génération SMS (manquaient-ils d’acronymes à la l’époque de la génération X ?):

  • “sales today” me donne les ventes aujourd’hui
  • “http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution #nomduprojet” devrait publier un lien et toute personne souscrivant le tag, ou canal, #nomduprojet, devrait recevoir cette information (cf. points 4 et 666)
  • “close #ticket #1883” devrait fermer le ticket de support 1883;
  • ”@NomDuCollaborateur je pars pour la réu #nomduprojet” devrait faire parvenir un message à mon collaborateur, probablement aussi à toute personne souscrite à #nomduprojet;
  • ”#nomduprojet RDV en la Salle de presse à 19h00 le 24/12/07 pour le Pot de Noël, http://intranet/pots/noel07” devrait créer une invitation à l’événement pour toute personne souscrite à #nomduprojet;
  • “IncreaseProfits—ok-to-fire—ok-to-sell” sera une exclusivité du produit “SAP MyCEO”. Demander à mon pote Stéphane F.

Si ça marche par messagerie instantanée, ça marche par SMS. iPhone ou pas, couvert tu seras.


twitter_bot_ss.png

4) Je “push”e comme un dingue, tu “pull”es comme un petit malin

Je ne sais pas pour vous, mais la seule manière d’avoir l’INBOX (démon!) propre le lundi matin c’est de la nettoyer dans la nuit de dimanche, après avoir traité la salve de mails qu’il est bon d’envoyer le dimanche soir pour préparer la semaine. Et mieux vaut arriver au bureau avant que le gars qui avait les yeux ensanglantés à 2h du mat’ ne soit tombé du lit le matin pour finir le mail qu’il ne put terminer la veille. Autrement, mission foutue.

Mission impensable, oui (impossible c’est devenu rien du tout)! Comme travailler sur un sujet sans interruptions. Impensable Tom, impensable, comme ton Mission Impossible 3! Quelle daube! Et si on perd du temps sur Facebook et le web en général aujourd’hui, je ne vous dis pas l’enfer que ce sera dans l’entreprise de demain après-midi.

Ce sera “mission quoi?” si on ne trouve pas un mécanisme pour filtrer l’arrivée d’infos, capable de valoriser le caractère d’une information et permettant donc à l’utilisateur de calibrer un compte-goûtes.

Ainsi, la très belle architecture étant construite pour servir l’utilisateur (n’est-ce pas?), lui-même étant engagé dans la bataille pour faire valoir l’offre de son organisation (n’est-ce pas?), devra proposer une série de règles pour que notre gentil utilisateur (toi, oui, toi! seulement pour cette fois, promis) puisse décider quel message doit interrompre son travail, quel message peut interrompre son travail, quel message ne mérite pas d’interrompre son travail et éventuellement quel message il doit considérer comme trivial.

De même, la très belle devra aussi lui permettre de, le plus facilement possible, rassembler toute information dont il a besoin à un instant donné. Le lundi matin la vue d’ensemble de la semaine, au moment de faire le point sur un projet l’ensemble de l’information pertinente liée au projet, la liste des tâches à conclure dans la journée, ou encore tous les liens non consultés reçus dans les 15 derniers jours. Et tout ça, bien-sûr, sans quitter “le confort de votre navigateur” (cf. point 999).


Pour pousser l’analogie avec Facebook, en attendant mieux (bientôt, lisez-donc) :

Régler ton bonheur sur Facebook, 1

Régler ton bonheur sur Facebook, 2

5) Le design centré sur l’utilisateur

Je veux juste rappeler que, même si le PCIE semble se profiler comme inutile (qui l’eût cru?), il y a le risque du retour du manuel de l’AS400.

AS400 Manual

Evitons le désastre et pensons à l’utilisateur: son bagage et sa culture, sa capacité d’apprentissage incrémental (ce mot n’est pas français, mais moi non plus et je le trouve utile et même brutalement joli) et sa cognition. Et son amour pour le gars qui saura toujours le dépanner, le gars qui lui apprend des raccourcis clavier. Si elle capte le concept, plus ou moins, elle saura s’en servir, de mieux en mieux, de plus en plus vite, progressivement (là c’est français, je crois).

Tout ça est pour nos utilisateurs, pour qu’ils puissent mieux s’organiser et mieux exécuter. Le bénéfice pour l’organisation vient en retour. Si tu penses le contraire, je bosse pas pour toi. Poil au bras. Droit.

Per conclure

Les points 666 et 999 sont pour plus tard. Je continuerai ce billet pour parler de tags, humains et desktop. Et du design de tout ça.

Je n’ai fait qu’effleurer quelques usages qui permettraient de réduire les temps de latence qui nous sont imposés par la configuration actuelle de nos “postes de travail”. Ce qui pour nous serait un changement, un bon changement pour moi, est un environnement naturel pour les plus jeunes qui arriveront demain matin ou demain après-midi dans le marché du travail.

La création du profil dans le logiciel de RH (cf. point 1) serait en fait une “importation”. To be continued.

Comments (5)

  1. Pierre, on Wednesday, November 28, 2007 at 3:05 am # wrote:

    Hey Alex ! :) Enfin un post en Français, cool ! Super interressant en plus :) Ben j'attend le 666 et le 999, chiche ! Bien à toi

  2. Arkub, on Wednesday, November 28, 2007 at 10:59 am # wrote:

    Salut Alex, Pas mal. On peut aussi repenser la desktor metaphop non? Bon, où est ton flux RSS pour commencer et l'ajouter à mon terminal de caisse?

  3. Ebichu, on Wednesday, November 28, 2007 at 11:55 am # wrote:

    Ah la la, de tous les branleurs 2.0 sexys et rubyistes, t'es vraiment mon chouchou, toi! Bisous!

  4. Alexandre L Solleiro, on Wednesday, November 28, 2007 at 1:04 pm # wrote:

    :)) Hey Stéphane! Content de te lire ici :) Je l'ai pas redit dans la conclusion, je l'ai énoncé que rapidement dans l'intro, mais je pense que les usages que j'effleure dans ce billet, entre autres qui courent librement dans la nature, profilent le besoin de repenser la desktop metaphor. Dans le deuxième billet que j'annonce, je vais encore soulever des éléments qui vont dans ce sens. J'espère qu'ensuite on pourra s'y attaquer ;) C'est pour quand ta soirée open-caisse?

  5. Chty, on Friday, November 30, 2007 at 6:23 am # wrote:

    Pleins de bonnes réfléxions. J'aime !

Trackback/Pingback (1)

  1. Entreprise 2.0 @ Webcracy on Friday, January 18, 2008 at 1:28 pm

    […] personnelle future, je duplique mon commentaire ici. Cela servira de continuation à mon post quelque peu désarticulé sur le même sujet, et c’est un raisonnable résumé de mon point de vue sur la […]

Close
E-mail It